
Une tradition inuit ravivée Kangiqsualujjuaq est une petite communauté éloignée du Nunavik au Québec, où la population est d’environ 850 personnes. Quelques non-inuit y vivent aussi. Ils y sont pour des raisons professionnelles, mais certains ont adopté l’endroit et y habitent depuis plusieurs années. Le village est situé à la fin de la rivière George, à l’est de la baie d’Ungava. Notre village est entouré de toundra, mais a quand même quelques arbres puisque nous vivons à la limite de « la ligne d’arbres » du Québec. Tout près de cette limite, aucun mélèze ou épinette ne peut être trouvé, seulement la mousse nordique et les lichens de la toundra. Les arbres, même s’ils sont très petits, offre la protection nécessaire pour les campeurs en hiver et permet aux inuit d’utiliser un poêle à bois pour chauffer leur tente faite de toile épaisse. Même si plusieurs changements ont lieu pour les peuples des premières nations du Canada, la culture inuit de notre communauté reste encore bien vivante grâce à la ténacité de certains habitants. Lors de votre lecture des textes de mes élèves, vous serez témoin de leur fierté; une fierté qui date de loin et qui se transmet encore aujourd’hui. Le sujet qu’ils ont choisi pour ce projet est une façon efficace de reconnecter le présent et le passé d’une culture rempli de bouleversements. C’est une façon de garder la culture inuit vivante. Pendant plusieurs années, la tradition des chiens de traîneaux inuit a été laisser de côté, presque oubliée. Maintenant, cette tradition est de retour dans notre village. En tant qu’enseignante, je ne peux qu’être très fière du travail de mes élèves. Ils y ont mis beaucoup temps, effort et se sont impliqués à fond dans cette belle aventure. Isabelle Guay Enseignante en anglais langue seconde
Une passion qui perdure Nos ancêtres avaient l’habitude de partir et voyager dans les terres avec leur traîneau à chien. De leur traîneau, ils devaient chasser ainsi que trouver de nouveaux campements à chaque saison. Leur vie était ardue, car ils devaient toujours chasser pour nourrir leur famille et les vêtir. Par contre, quand les hommes allaient chasser, ils gardaient, sans le savoir, leur culture bien en vie en utilisant le moyen de transport le plus important, le traîneau à chien. De nos jours, les personnes âgées garde de mémorables souvenirs de ces années. Nos aïeules se souviennent clairement de la relation exceptionnelle qui existait entre les chiens et le chasseur et de l’aide mutuelle entre les Inuit lorsque certains d’entre eux se trouvaient coincé dans un blizzard soudain par exemple. 
Nous avons interviewé Tivi Etok et Johnny George Annanack, deux personnes âgées de notre communauté. Tivi nous a confié que lorsqu’il était plus jeune, les traîneaux étaient fait de bois. Le cordage utilisé pour faire tirer les chiens était fait de peau de phoque ou de morse. Johnny affirme que, « ça prenait toute une journée pour construire un seul traîneau. Les Inuit commençaient à dresser leurs chiens lors d’un très jeune âge. L’obéissance était la clé du succès s’ils voulaient de bons chiens adultes. Ils devaient bien écouter et comprendre les directives donner par leur maître, tel « arrêtez, tournez à droite, tournez à gauche, allez ». Johnny nous a dit, « Les maîtres et leurs chiens étaient comme des meilleurs amis ». Tivi a ensuite ajouté, « Même si la vie n’était pas toujours facile, les Inuit faisaient toujours leur possible pour garder leurs chiens en bonne santé. De cette façon, les chiens donnaient toujours le maximum d’eux même en voyageant. » Les chiens étaient nourris une à deux fois par jour de poisson ou caribou gelé. Les chiens devaient rester en bonne forme physique et devaient voir des diètes hautes en calories pour avoir un maximum d’énergie. Tivi et Johnny se souviennent que certaines femmes étaient aussi en charge de traîneaux à chien. Tivi dit même que, « Les femmes étaient même meilleur que certains hommes ». De plus, a-t-il ajouté, les femmes étaient bonnes chasseuses, serviables quand il était temps de préparer les chiens aux départs pour de longs voyages. Espérons que dans un futur rapproché, les femmes et les hommes inuit feront perdurer cette belle tradition qu’est le traîneau à chien.
Faire du traîneau à chien de nos jours 
Certains jeunes adultes font du traîneau à chien pour garder leur culture et traditions ne se perdent pas. Ces coureurs aiment bien aller à « Hamanialuk » pêcher des poissons pour leurs chiens et leur famille. Hamanialuk est un endroit montagneux où les gens de Kangiqsualujjuaq aiment aller camper. Ce campement est situé sur la rive de la rivière Kuruujjuaq, à environ 55 kilomètres de notre village, tout près des Monts Torngats. Les gens y vont principalement en hiver, car en été cette rivière est difficile d’accès en aval. Plusieurs personnes âgées entre 50 et 60 ans y sont nées. Aussi, certains coureurs aiment bien aller entraîner leurs chien à Tasialuk. Ce lac est situé à environ 10 kilomètres de notre petite communauté. Dans ces environs, il y a beaucoup de lagopèdes (petit oiseau blanc au pieds couvert de fourrure, à chaire rouge) et les gens en traîneau y chassent. C’est beaucoup plus tranquille d’aller à la chasse en traîneau à chien plutôt qu’en motoneige. C’est ce que font deux jeunes de notre école, Leevan Etok et Joe Willie Etok. Il n’ont pas de motoneige et préfère de loin utiliser leurs chiens pour aller chercher des blocs de glace d’eau douce fraîche pour leur famille ou aller à la chasse. De ce fait même, il garde la tradition en vie. 
Certains adultes, comme Daniel Annanack, Mark Brazeau, Tommy Stanley Annanack et Jean-Jacques Séguin aiment sortir avec leurs chiens, car ils apprécient le silence et le décor époustouflant autour d’eux. Par contre, tous ces gens doivent travailler très fort pour nourrir leurs chiens. Ils doivent pêcher des ombles de l’Arctique, chasser des phoques et du caribou aussi souvent que possible. Ils achètent de la nourriture sèche pour chien, mais le prix de transport pour ces sacs est pharamineux. Également, ils doivent construire leurs traîneaux à chien. Ces traîneaux sont faits en bois et une épaisse membrane de plastique est clouée sous chacun des skis pour permettre un meilleur glissement sur la neige. Les cordes sont achetées ou faites à la main en peau de phoque, tout comme elles étaient faites dans le passé.
Une période de difficultés et de changements Lorsque nos grands-parents grandissaient, plusieurs chiens canadiens Inuit étaient utilisés comme moyen de transport. Ils étaient très utiles pour les voyages et la chasse. Les chiens savaient reconnaître le danger qui guettait les chasseurs trop souvent. Les chiens savaient toujours où aller et reconnaissaient leur chemin quand une tempête de neige frappait. Les Inuit traitaient bien leur chien, car ils étaient nécessaires à la survie de la famille. À un moment dans l’histoire des Inuit, les temps ont changé drastiquement. Après la mort de plusieurs chiens inuit, les Inuit n’avaient plus de moyen de transport pour aller chasser. Il y avait, tout à coup, beaucoup moins d’endroits disponibles pour chasser et trouver de la nourriture. Les gens devaient se déplacer à pied et transporter eux-mêmes une énorme charge sur leur dos ou sur leur traîneau. La perte de presque tous leurs bons chiens a eu un grand impacte sur la population inuit. Leur façon de vivre a changé catégoriquement et d’une façon dont ils n’auraient jamais imaginé. La partie la plus important de leur culture et de leur survie était disparue. Les Inuit n’étaient pas prêt à vivre de tels changements. Entre les années 50 et 60, les non inuit du sud du Canada commençaient à venir dans notre village, Kangiqsualujjuaq, plus massivement. Le gouvernement fédéral souhaitait que les Inuits s’établissent à un endroit précis et qu’ils quittent leur mode de vie nomadique. Les autorités gouvernementales souhaitaient que le peuple inuit aie une meilleure qualité de vie. En étant établi à un seul endroit dans la région, il serait plus facile d’administrer des soins de santé ou offrir une éducation « appropriée » aux enfants. Durant ces années, les non-inuit ne pouvait concevoir que l’éducation que les enfants recevaient leurs était totalement appropriée. Il y avait encore cette mentalité colonisatrice ou les gens croyaient sincèrement « aider » ces « pauvres » peuples. Il ne leur aie jamais venue à l’idée par contre que ces changements causeraient maintes souffrances pendant plusieurs années à venir.  En 1959, le gouvernement a fait l’essentiel pour construire les installations nécessaires afin de créer une communauté stable à Kangiqsualujjuaq. Un jour, la Gendarmerie Royal du Canada a débarqué dans notre village et a tué la plupart des chiens de notre village. Selon eux, les chiens étaient malades et pouvaient attaquer les gens. Les chiens devaient être tués pour la sécurité des habitants. Ceci n’était pas la complète vérité. Est-ce que les autorités voulaient arrêter les inuit de voyager à chaque saison et vivre selon leur mode de vie nomadique? Personne ne saura jamais les véritables raisons derrière ces massacres terribles. Les Inuit ont commencé à penser à leur futur et à se demander comment ils pourraient réussir à survivre sans leurs chers compagnons. Ils ont vite compris que la chasse serait dès hors mais très pénible. Après la mort des nombreux chiens, les Inuit ont vécu la famine et certains, trop nombreux, en sont mort. Les Inuit n’avaient probablement jamais imaginé que la moitié d’un siècle s’écoulerait avant que les chiens soient réintroduits dans leur culture.
Ivakkak : Le commencement 
Dû aux dures épreuves que les Inuit ont traversé quand les chiens ont disparu, les Inuit commençaient à perdre les connaissances de leurs ancêtres. Des connaissances qui avaient depuis toujours été transmises de générations en générations étaient presque oubliées à jamais. George Berthe, un employé de la *corporation Makivik (voir ci-dessous pour de plus amples explications à propos du mandat de cette corporation), a eu l’idée de créer un projet qui raviverait une flamme presque éteinte : une course de traîneau à chien appelé Ivakkak. Le mot « Ivakkak » signifie, « les chiens trottant tout doucement ». Quand les Inuit voyage avec leur traîneau à chien, ils reconnectent le passé au présent. Lorsque les Inuit font la course Ivakkak, c’est une belle façon de partager les traditions que nos ancêtres utilisaient dans leur vie de tous les jours. George Berthe explique, « lorsque vous êtes sur un traîneau à chien, vous vous sentez comme si vous retourniez 500 ans dans le passé, tout comme nos aïeuls voyageaient. » En 2001, quand la corporation Makivik a annoncé en primeur que le Nunavik aurait sa propre course de traîneau à chien, la population était très heureuse, mais aussi perplexe. Quand le projet fut bien expliqué à la population du Nunavik, la corporation a eu reçu beaucoup commentaires de mécontentement de la part des habitants non inuit du Nunavik qui souhaitaient participer. Makivik a dû expliquer que le but de la course n’était pas pour la course en tant que telle, mais bien de permettre aux Inuit de renouer avec leur propre culture. Depuis 2001, il y a eu une course à chaque année. À chaque année, Makivik se fait un devoir de commencer la course dans un village différent pour permettre aux Inuit du Nunavik de voir et participer à un tel événement. Un total de $375, 000 canadien est dépensé à chaque année en prix et en frais de transport pour apporter les chiens et leur maître aux endroits nécessaires en début et fin de course. La corporation Makivik une organisation inuit, privée et à but non lucratif qui pour mandat de veiller au développement économique de la région. Elle gère les fonds reçus des ententes gouvernementales (la convention de la Baie James) et investie ces fonds dans des entreprises locales. Ivakkak 2005 : Kangiqsualujjuaq 
En 2005, la course Ivakkak a commencé dans notre communauté. Les chiens sont arrivés par avion dans des cages et les coureurs les accompagnaient. Tous les gens de notre village étaient tellement heureux que la course soit enfin dans notre village. Presque tous l monde du village, ainsi que des visiteurs extérieurs, sont venus voir les chiens à l’aéroport ou attaché sur les glaces de la rivière George. Un large groupe de coureurs venant de partout au Nunavik participent à cette course annuelle. La course dure quelques jours dépendamment de la vitesse de chaque équipe. Cette course a lieu dans la dure réalité du nord et ses changements de température surprise. Les coureurs et leur équipe sont mis à l’épreuve et font face à plusieurs défis durant la route. Ils doivent être en excellente forme physique. La course est exigeante, car plusieurs reprises, les maîtres doivent allégé la charge en courant à côté de leur traîneau. Ils doivent être déterminés à ne pas lâcher la course malgré les difficultés. L’ambiance à Kangiqsualujjuaq a vraiment changé quand les coureurs sont arrivés au village. Tous étaient heureux de voir les chiens inuit canadiens agiter sur la glace et prêt à débuter la course. Les personnes âgées du village étaient très émues de voir cette scène, car pour eux, dans le passé, le traîneau à chien était le seul moyen de transport pour assurer la survie des Inuit. Quand le jour J est finalement arrivé, l’école du village a été fermée pour que tout le monde aie la chance d’assister au grand départ. Les gens étaient d’autant plus excités puisque Jean-Jacques Séguin, un jeune homme de notre communauté, participaient. Pour plusieurs d’entres-nous, cette journée restera gravée dans notre mémoire comme la plus excitante de nos vies! |