Le stade se remplit peu à peu. Le soir
tombe. Lumière lactée, écrans géants, fumée blanche qui recouvre la pelouse et
se dilue. L’attente. Chacun scrute le moindre mouvement, cherche d’autres
regards. Deux hommes s’avancent, traversent la piste, montent sur scène. Les
jeunes se lèvent d’un bond, certains tendent la main, d’autres crient…
«Nous construirons ensemble, avec
vous…»
Musique aérienne, surprenant, pour un
Rap. Pas de la douceur, non. De l’intensité. Comme ce frisson qui parcourt la
foule. Sentiment d’unité. De communion, et peut-être plus encore, d’union. Entre
les gens, entre les peuples. Il rap. Rap mélancolique, les mots s’envolent dans
cette nuit tiède, la foule répond à cette étrange caresse, ce mouvement de
l’âme.
«Ensemble»
Oui, ensemble. Tel est le sentiment
qui monte en moi, en nous. Cinéma, musique, même combat. Puis tout s’emballe.
Percus, gimmick, sons venus de loin, d’ailleurs, la foule ondule traversée par
ce courant électrique, l’intensité monte, ils rapent plus fort, plus vite, les
voies se durcissent, les gens tapent dans leurs mains, les genoux marquent le
rythme, les corps habités par une sorte de pulsation commune. Un pouls.
Nous rentrons. Le feu d’artifice
encombre encore les mémoires. La foule quitte les lieux. Les enfants s’entassent
dans le petit bus qui se faufile, absorbé par les embouteillages. Les membres de
Parcours le Monde restent sur leur réserve. Je ressens cette fêlure, ce
sentiment de vide, après la fête. Et ces mots, ce Rap qui résonnent encore en
moi, en nous.
«Pour les pauvres il n’y a pas de
place…»
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