| Bonjour, Après une bonne nuit réparatrice soit quelques bonnes heures de sommeil non troublé, les compères se retrouvent de bon matin autour d’un petit déjeuner copieux. A base d’aliments sains constitués de sucres lents, de fruits frais et d’un thé ou café suivant les goûts, ce premier repas constitue le départ de la journée. Il n’est pas à négliger si on veut avoir un bon rendement durant toute la journée. Il faut se rendre à l’évidence, Véro est toujours malade et son état ne s’améliore guère. Coincée seule au milieu de la forêt lorsque les garçons explorent les environs, elle commence à trouver le temps long et sa température ne retrouve pas son palier normal. Il est beaucoup plus raisonnable de l’emmener vers la ville la plus proche afin de trouver une solution rapidement. Une fois la toilette expédiée, Roland se met au volant du van. Véro, bien emmitouflée, se cale à l’arrière du véhicule et notre expédition file vers … le service des urgences de Saint Jovite. Notre conducteur roule prudemment, la route défoncée à certains endroits n’autorise pas une conduite sportive. Les rafales tourbillonnantes du vent installé sur le Mont Tremblant rendent la progression difficile et jettent à terre de nombreuses petites branches. Enfin arrivés, nous nous répartissons les rôles afin de rester le moins de temps possible en ville. Marc accompagne Véro et les deux autres complices se chargent des quelques courses nécessaires : pain frais, fruits et huîtres fumées. On recommencera dès ce soir ce petit mets délicieux. Comme on dit chez nous, après l’effort, le réconfort. Les commerçants très sympathiques se montrent ouverts à notre aventure et Roland passe beaucoup de temps à argumenter et imager nos découvertes. Le temps passe…trois heures se sont écoulées et nous n’avons toujours pas de nouvelles. Nous prenons nos habitudes à la boulangerie française en s’installant là-bas pour patienter, la presse locale donne des nouvelles du monde. Quand on est loin de chez soi, on aime avoir des nouvelles du pays en mangeant un bon croissant au beurre devant un café expresso ! Marc nous revient avec des nouvelles rassurantes. Il faut encore attendre quelques longues minutes et nous repartirons vers notre chalet. Véro a du débourser une fortune pour s’entendre dire qu’elle avait une angine et le médecin ne lui a rien prescrit. Sa fureur la remet presque sur pieds. La route parait plus longue encore, la journée est presque finie, nous ne pouvons espérer mettre sur pied une expédition aujourd’hui. Marc et Roland décident de finir le trajet en courant, une bonne dizaine de kilomètres leur dégourdissent les muscles. Le soleil s’est levé, le ciel bleu donne un relief tout nouveau au paysage. Ils sont alertes aux bruits environnants et aux signes de la nature qui se réveille. Courir est une des meilleurs façons d’explorer la planète : la mobilité et la rapidité de ce sport permet d’avaler des distances respectables, le silence et le calme de ce moyen de déplacement nous plonge au cœur de la nature sans la déranger. Ce jour-là, le soleil encore haut réchauffe l’atmosphère, le vent retombe et les rafales s’estompent en laissant place à une légère brise. Nos deux coureurs suivent leur chemin à travers la forêt, contournant lacs et enjambant bon nombre de ruisseaux. Roland, le nez en l’air, se délecte du moment, Marc lui observe le sol et détecte des traces et des empreintes lui signifiant les passages et les errances de troupeaux de Cerfs de Virginie et aussi d’Orignaux. La tension monte d’un cran. De leur côté, Olivier et Véro sont rentrés au chalet. Dépitée, elle se laisse convaincre par le remède de grand-mère que lui propose le jeune homme. Elle rit à gorge déployée en pratiquant la recette mais doute de son efficacité : une poignée de gros sel, un trait de jus de citron frais dans un verre d’eau chaude à appliquer en gargarismes. Olivier, en tenue de course d’été, piaffe d’impatience de rejoindre les deux athlètes. Quelques pas lui suffisent à s’échauffer, il empreinte la route asphaltée…Il profite de ce beau moment, épicurien de nature, il laisse son esprit vagabonder, il se sent bien, ses muscles saillants lui procurent de bonne sensation, les rayons du soleil rendus à l’horizontal lèchent sa peau offerte. Soudain, un bruissement de feuilles attire son attention, un animal sauvage vient de détaler. Le bruit de branchages piétinés casse le silence environnant. Un cerf, un orignal, peut-être un renard…il y a aussi des ours dans la forêt. Il regrette son imprudence de s’être aventuré seul. Fort heureusement, à quelques centaines de mètres de là, deux cerfs de Virginie paissent tranquillement sur le bord de la route. Notre coureur rassuré stoppe net sa progression, sans bruit, ni geste brusque, il a tout le loisir d’observer les deux animaux tranquilles. Une rafale de vent amène l’odeur de l’homme vers les deux cervidés qui détectent une présence suspecte. Ils détalent vers la forêt profonde. Olivier reprend sa course pour croiser les deux autres sportifs arrivant en sens inverse. Marc est excité, il est sûr de pouvoir observer beaucoup d’animaux ce soir tant il a vu d’empreintes. Conforté par le récit de son acolyte, il communique son enthousiasme à toute l’équipe. Déjà, il échafaude un plan d’action et un itinéraire suivant ses observations précédentes. Chaudement vêtus dans la pénombre qui point, le soleil disparaissant derrière les hautes collines, les quatre aventuriers progressent en voiture sur la longue route désertée à cette heure. A allure réduite, chacun observe un angle bien défini et doit prévenir les autres à voix basse avec force de détails pour rapporter ce qu’il aperçoit. La tension monte d’un cran, on a tous l’impression de détecter quelque chose. Un tamia traverse la route …bon espoir. Marc a repéré un place propice à un rassemblement probable d’orignaux : une clairière parsemée de jeunes sapins aux pousses tendres et traversée par un cours d’eau au courant calme. Emmitouflés et armés (…) de caméras à infrarouge et d’appareils photos à haute sensibilité, ils patientent à l’affût derrière un mur de broussailles. C’est sûr, les orignaux vont venir…ça se sent ! Le moindre souffle de vent ou de bruissement de broussailles met tous les sens en éveil de nos naturalistes. Soudain, des portières de voitures claquent, des éclats de voix cassent le silence de la forêt, deux touristes dans toute leur splendeur débarquent en vociférant. Leurs accoutrements aux couleurs vives ne passent pas inaperçus, leurs cris font décoller une bande de canards. Ils sont d’autant plus surpris lorsque quatre têtes humaines émergent des broussailles. Il est temps de rentrer au chalet…bredouilles certes. Les quatre aventuriers se consolent avec les huîtres fumées et se racontent des anciens exploits d’observation lors de leurs précédents voyages. Il est tôt. La nuit a enterré la déception de la veille, il fait beau et c’est le grand jour ! Le chef d’expédition trace les lignes directives de la journée, un bon briefing et chaque participant sait ce qu’il a à faire. La journée débute tout de suite après la petit déjeuner, lorsque le soleil est encore bas. Les recherches abandonnées la veille reprennent dès maintenant. Le véhicule progresse doucement sur la route, chaque aire de camping ou de stationnement est scrupuleusement scrutée. Les rives des cours d’eau dévalant la montagne sont minutieusement inspectées. Un sentier le long de la rivière du diable mène aux chutes du même nom. Un dénivellement de quinze mètres assorti d’un débit extraordinaire dû à la fonte des neiges procure une sensation impressionnante à ce déferlement d’eau. Des volutes d’eau tourbillonnent et les embruns mouillent tout l’environnement. On ne s’entend pas parler tant la violence de l’eau cognant les rochers en contre bas couvre le son des voix. De ça et là, quelques congères de neige subsistent. Marc détecte de nouveau des empreintes de cerfs et d’orignaux. Le sentier serpente dans la forêt encore engourdie et pas encore sortie de sa torpeur nocturne. Un lièvre détale devant nous et file se cacher dans des buissons touffus. Le spectacle de la rivière du Diable abasourdit les quatre compères, les rapides parsèment de teintes blanches le long ruban d’eau bleu acier. A un kilomètre de là, une autre chute surprend par sa force et son tourbillon en contraste avec son peu de dénivelé. Quelques rochers émergent de la rivière, des tourbillons d’eau encadrent ces promontoires, plus en bas, des retours d’eau jaillissent en geysers, éclaboussant Marc qui tente d’immortaliser ce spectacle stupéfiant. Le bleu du ciel, le jaune du soleil levant, le brun de la terre québécoise, le vert de la végétation en éveil et le noir de l’eau sombre de la rivière du Diable forment la palette d’un peintre talentueux qui va imaginer le paysage que visualisent nos quatre amis. Le temps passe vite, la vision des choses évolue avec le soleil qui monte dans le ciel, la luminosité procure une image différente pour chaque heure qui défile. Avec regret, ils doivent quitter ces lieux magiques. Roland voudrait absolument observer un cervidé. Mais la nature est capricieuse. Les tamias narguent le photographe qui ne peut fixer leur image tant ils sont vifs et rapides. Il faut maintenant être raisonnable et reprendre le chemin du retour. Personne ne parle dans le véhicule, la déception se lit dans le regard de nos aventuriers. Véro s’exclame brusquement, les autres sortent de leur torpeur. Elle a cru apercevoir un castor. Mais, il faut se rendre à l’évidence, ce n’est qu’une racine… Avec le contre jour, les ombres laissent imaginer l’animal. Roland lui ne s’est pas trompé, il a regardé dans la bonne direction, trois Cerfs de Virginie paissent tranquillement l’herbe grasse et verte du bout de la presqu’île. Leur pelage brun clair se démarque de la couleur végétale. Doucement, répartis en deux groupes, les membres de l’expédition tentent d’approcher les animaux. Un seul bruit anormal les ferait fuir. Olivier et Roland contournent la presqu’île. Ils marchent dans le sable de la berge, puis dans l’herbe grasse. Maintenant accroupis, ils progressent doucement à couvert. Olivier a le coup d’œil : les trois cervidés n’ont pas quitté leur lieu de repas. Tranquillement installés au milieu des branchages, les deux amis de la nature jouissent du spectacle qui leur est offert. Les animaux ne bougent pas, puis progressent vers une clairière plus exposée au soleil. Maintenant, il n’est plus possible de les observer. Olivier s’étale à plat ventre et roule sur le côté en direction de la clairière. Ses vêtements souples ne bruissent pas, les couleurs vert et kaki qui l’habillent le rendent presque indétectable. Tant est si bien qu’il se retrouve nez à nez avec le faon, de retour sur ses pas. Sans broncher, les deux se toisent. L’être humain a tout le loisir d’observer l’animal nullement apeuré, son inexpérience de la vie permette cette confrontation inespérée. Un des parents piétine le sol, relève la queue en panache blanc synonyme d’alerte. Ils détalent en longeant un petit sentier dans la forêt. Ce moment extraordinaire restera marqué dans la mémoire d’Olivier pour longtemps. Roland n’a pas quitté la scène des yeux, il a vécu cet instant comme un spectateur devant un grand écran. Dévalant une petite côte dans la forêt, les trois animaux n’ont laissé aucune chance d’observation à Marc et Véro embusqués à l’autre bout de la presqu’île. De retour au chalet, les compagnons d’aventures ont l’esprit ailleurs. Ils savent qu’ils doivent organiser leur départ pour rejoindre l’autre étape de l’expédition : le Parc Naturel de Plaisance. Il faudra deux jours pour couvrir la centaine de kilomètres qui séparent les deux sites….en vélo et en courant. En chef d’expédition, Marc répartit les relais et organise le rangement dans le van de service. La préparation du matériel et l’organisation technique sont essentielles pour la bonne tenue du déroulement des opérations, mais aussi pour assurer la réussite de l’exploit des athlètes. Il partage les sections à couvrir en heure effective, lui mènera la danse en effectuant la première, les deux autres garçons l’encadreront en vélo. Véro veille au grain et photographie l’effort des garçons. Les paysages défilent au rythme des foulées, chacun y va de son effort et de sa sueur. Marc laisse derrière lui les portes du parc du Mont Tremblant, le lac Monroe et la rivière du Diable. Fort de ses gestes précis, de son allure assurée, il a tout de loisir d’admirer les paysages traversés en maintenant une allure rapide et rythmée. Il aborde les raidillons avec aisance et les descentes lui fournissent des moments de décompression. L’heure passe vite et c’est au tour de Roland de maintenir la progression du convoi. Petit et trapu, avec le mollet bien musclé, il n’a aucune difficulté à enchaîner les côtes plus pentues les unes que les autres. La route serpente dans la forêt, alternant les flans de coteaux et les rives de la rivière. Puis, il entre dans le petit village de Mont Tremblant. D’un côté, cette station de villégiature ressemble à une ville de dessins animés avec ses immeubles bas et ses chalets aux couleurs chatoyantes, de l’autre des villas luxueuses bordent les rives du lac. Le passage du relais a pour cadre la place du village, à l’ombre du clocher de l’église blanche un peu austère. Olivier se lance dans la course à corps perdu, la partie descendante le porte aux nues. Mais plus dure est la…montée. Longue et en ligne droite, elle ne laisse aucune chance au néophyte. Devenu raisonnable, il reprend son souffle, puis adopte un rythme de croisière qui le promène entre lacs ornés d’hydravions et golfs en attente d’estivants montréalais. L’entrée dans Saint Jovite lui donne des ailes. Il rejoint le motel d’une foulée leste, applaudi par les passants étonnés. Après un bon plat de spaghettis, tout le monde s’endort en fermant les yeux sur des souvenirs inoubliables. Olivier FOUCAUT |