Parcours Le Monde
 
 
 
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  Chronique d’Olivier Foucaut
09/05/04

 

Parcours le monde, un nom qui augure de bonnes aventures.

Nous avions rendez-vous Rue Sheppard, dans l’est Montréalais près du Parc Olympique. Quand je dis nous, il s’agit de trois garçons et une fille en quête d’aventures. Véro et Marc font partie du projet initial, Olivier et Roland se sont greffés à ce périple pour cette saison. Direction le Parc du Mont Tremblant, au nord de Montréal. Véro se faufile dans la circulation de la grande ville. L’autoroute déroule son long ruban d’asphalte, les kilomètres défilent, la circulation devient de plus en plus fluide et les autoroutes se transforment en route de montagne. La végétation s’adapte aux conditions, l’altitude et le climat donnent l’identité à ce type de paysage. Après deux heures de route, au détour d’un virage, la station de ski « Mont Tremblant » s’offre à nos yeux. Réputée pour la diversité de ses possibilités de loisirs de plein air, elle sera pour nous le point de départ de notre effort sportif. Véro restera au volant pour le moment, Marc commencera à courir et Roland décroche déjà le vélo amarré au van. Olivier sera donc l’assistant. Gérer la technique, le matériel, le ravitaillement des athlètes et faire les photos est une mission de l’ombre très importante. Le parcours est sélectif, les côtes s’enchaînent rapidement. Brèves mais répétitives, elles font du mal aux organismes. Heureusement, la beauté des paysages fait diversion. Ils quittent les chalets en pierre et les maisons majestueuses qui bordent le lac de la station pour longer un terrain de golf au green soigné. La saison n’est pas encore commencée, ce n’est plus l’hiver mais pas encore l’été. La route serpente, prend de l’altitude pour très vite redescendre vers les rives du torrent gonflé par la fonte des neiges, de petits ruisseaux au débit impressionnant dévalent de la montagne. La végétation se réveille doucement et sort de sa torpeur hivernale, de petits bourgeons donnent des touches de couleur sur le manteau brun de la forêt. Certaines fleurs rouges vifs, aux pistils et aux étamines jaunes sont les prémices annonciateurs de l’arrivée du beau temps. Nos athlètes en auront bien besoin, le temps gris et brumeux n’est pas très motivant mais ils avalent les kilomètres à une allure soutenue mais aussi régulière qu’un métronome. L’échange des rôles s’effectue sur le pont qui enjambe la rivière du Diable, aux rapides qui font la joie des adeptes du canoë. Marc, aux joues bien rouges, réclame alors un coupe-vent et un bonnet avant d’enfourcher le vélo, il est nécessaire de bien adapter son équipement afin de rester en bonne santé pour accomplir des exploits dans de bonnes conditions. Roland, impatient, prend quelques longueurs d’avance. Seul sur la route, la chance lui sourit : une biche et son faon paissent tranquillement d’un côté et de l’autre du chemin. Il a tout le loisir de les observer quelques minutes, le bruit du moteur de notre véhicule les effraie. La mère relève sa queue blanche en panache, sans bruit ; c’est le signal de la présence de danger…

Nous arrivons à la porte principale du parc. Après s’être changés, nos quatre compères rencontrent Claire, la responsable de cette partie du Parc. Elle gère aussi bien l’accueil des touristes que le recrutement des nouveaux guides et gardes pour la saison à venir. Il faut garder l’équilibre entre la découverte de la nature et sa préservation. Nous sommes logés dans le chalet Albert Courtemanche, en bordure du Lac Monroe dans le Parc national du Mont Tremblant. D’une longueur de cinquante kilomètres et d’une hauteur de trente kilomètres environ, il recèle d’une grande variété d’espèces fauniques. Les loups se partagent le territoire vers le nord, ils vivent là en meute de cinq à six individus. Quelques ours finissent d’hiberner mais leur organisme encore endormi par le froid ne les pousse pas à sortir de la forêt profonde pour chercher les baies et fruits qui constituent leur principale nourriture. Il n’est pas rare de croiser en cette période des orignaux aux bois majestueux, des Cerfs de Virginie qui présentent leur faon tout juste né, des renards rusés en quête de petits rongeurs et des castors bâtisseurs de longs barrages.

L’installation se fait rapidement, l’impatience gagne nos compères pour découvrir les environs de leur lieu de villégiature. Un jogging d’une heure environ à un train de sénateur permet d’admirer l’environnement et de prendre ses marques pour demain. La route asphaltée longe le Lac Monroe, des points de vue entre eau et montagne enchantent les yeux de Roland, pour qui c’est le premier voyage au Québec.

Déjà, les projets de randonnées se construisent autour du poêle chaud trônant dans le séjour du Chalet. Un dîner de plats lyophilisés fera l’affaire. Il est vingt-trois heures, la nuit froide et brumeuse embrasse le paysage. C’est l’extinction des feux.

Marc, en vrai chef d’expédition, se réveille à cinq heures du matin. Il file vers la grande baie qui offre une vue dégagée sur le lac. De là, il peut scruter les rives à la lueur de l’aube naissante. Malheureusement, aucun animal n’est venu s’abreuver. Dépité, il se recouche. Véro aura plus de chances deux heures plus tard. De l’autre côté du lac, un orignal vient manger des herbes aquatiques au petit matin. Il n’est pas pressé…mais il est à une distance trop lointaine pour espérer lui « tirer le portrait ». Café en poudre, tartines de pain grillé, cookies et barres céréales constituent notre premier petit déjeuner. Il ne faut négliger l’alimentation et son équilibre pour établir de bonnes performances. Mais il faut se rendre à l’évidence : Véro arbore une mine de papier mâché. Son organisme est mis à mal par une mauvaise angine. Raisonnable, elle prend la décision de rester au chaud pour se soigner. Elle regarde partir ses compagnons avec regret. Les sacs à dos bien chargés (eau, barre de céréales, couverture de survie, boîte à pharmacie et …bombe anti-ours), nous envisageons une randonnée de huit kilomètres calibrée difficile constituée de trois parcours réunis : la Corniche, la Coulée et la Roche. Adieu la rive plate assortie de ses trois totems aux effigies de barques et d’oiseaux, le chemin prend vite de l’altitude et Olivier doit s’arrêter en chemin pour retrouver son souffle. Parti trop vite, il doit adapter son effort à l’environnement et au dénivelé de la pente. Marc profite de ce stop pour explorer la place, des traces sur le sol détrempé nous apprend qu’un Cerf est passé par là peu de temps avant nous. Nous décidons alors de ne plus parler et d’essayer de faire le moins de bruits possibles en marchant. Un petit pont en bois enjambe un torrent au courant impressionnant, des gros rochers ronds ponctuent le paysage. La mousse s’y est installée tranquillement et a aussi permis à des arbres d’y trouver un matelas suffisant pour s’y épanouir. Les racines enlacent l’ensemble et plongent dans le sol pour puiser les éléments nécessaires à leur croissance. L’esprit artiste décèlera quelques formes humaines ou animales. C’est ce qui a bien fait rire Marc et Roland ! La pause terminée, il faut reprendre la progression. Le soleil perce à travers la forêt de feuillus encore squelettique, l’atmosphère est réchauffée. Les pics s’en donnent à cœur joie, les claquements de leur bec sur les troncs d’arbres morts résonnent dans le silence pesant. Il en résulte des larges trous béants creusés à même le tronc. Des oiseaux aux couleurs bigarrées piaillent sur des arbres envahis de lichens ou de champignons plats. Divers sentiers partent dans toutes les directions, nous croisons des pistes pour pratiquer la randonnée à raquettes en hiver. Marc sort sa carte, se repère facilement grâce au Lac Monroe omniprésent en contrebas. Nous empruntons un sentier non aménagé, il nous faut se montrer prudent car le sol encore détrempé par la fonte des neiges est aussi glissant qu’une patinoire. Quelques pauses sont les bienvenues, pour admirer l’environnement, s’en imprégner mais aussi plus terre à terre, pour se ravitailler et boire pour ne pas se déshydrater. Roland glisse sur des feuilles détrempées qui recouvrent une roche, ce qui déclenche un fou rire chez ses deux compagnons. La bonne humeur règne dans le groupe !

Le sentier serpente entre des mares boueuses, l’humidité ambiante permet l’éclosion de fleurs blanches, jaunes ou roses. Ces touches de couleur enchantent l’œil lassé des teintes brunes de la nature encore en sommeil. Un petit pont de bois nous mène à un belvédère. La vue sur le Lac Monroe est époustouflante. Perché dans le vide, la plate forme permet d’embrasser tout le paysage : à environ une centaine de mètres en contrebas, le lac étend ses eaux calmes et limpides ; la ligne de l’horizon découvre des cols couverts de forêt de résineux ou de feuillus ; le ciel bleu maculé de cumulus cotonneux donne une teinte de couleur vive dans le tableau. La beauté insolente de l’endroit impose le silence, l’œil est attiré par tous les angles de vue. Les rayons du soleil et la chaleur naissante invitent à un temps de repos bien mérité, à l’ombre d’un bouleau à l’écorce blanche. La tête dans les nuages….quand soudain, un vol de rapaces rompt le climat de quiétude. Deux gros oiseaux menaçants effectuent de larges cercles autour de nos têtes, nous savons que nous ne craignons rien ! Mais l’image est impressionnante. Marc et Olivier s’en donnent à cœur joie en les photographiant. Leurs cris agressifs glacent le sang de Roland qui ne manque rien du spectacle. Leurs ailes déployées les font planer, puis à contrevent reprendre de l’altitude. Leur œil perçant et leur méfiance naturelle nous détectent, ils disparaissent derrière le massif. Il est l’heure de reprendre le chemin. La descente est périlleuse, le chemin effectue de larges courbes pour contourner des cascades bouillonnantes, le débit plus que leur hauteur explique ce déferlement d’eau. Il nous faut traverser un torrent sur un tronc d’arbre renversé. Sûrs de leurs talents d’équilibristes, Olivier et Roland ne font de cet obstacle qu’une formalité. Marc, plus hésitant et sujet au vertige, effectue l’exercice avec concentration en évitant de regarder les rapides déferlants en contrebas. Ouf, nous retrouvons les rives du Lac Monroe pour rentrer au chalet après cinq heures de marche. Véro a repris un peu de sa forme, mais pas suffisamment pour envisager une séance de jogging. Marc et Roland se consultent et optent pour une longue session, Olivier en novice suit le mouvement. Là encore, le spectacle de la nature opère. On oublie les jambes qui tirent, le souffle court et la fatigue de la journée. La beauté du site l’emporte sur tout. Des tamias traversent le chemin désert, quelques huards décollent sur notre passage, un barrage de castors intrigue nos coureurs…

Une bonne douche chaude après les étirements procure un bien être accompli.

Aïe !!! Marc s’est cassé une dent en mangeant des amandes. Décidément !

Réveil tardif pour nos compagnons de voyage. Vers huit heures du matin, un bref briefing pour se décider à aller en ville. Marc ne peut rester avec une dent cassée qui risque de dégénérer et Véro a besoin de médicaments pour retrouver sa forme. Les trois garçons s’exécutent pour effectuer cette mission le plus rapidement possible. Il n’est pas nécessaire de voir un médecin pour pouvoir acheter des remèdes, l’auto médicamentation est de rigueur ici.  Pendant que Marc s’allonge dans le fauteuil du dentiste, les deux compères effectuent quelques courses de nécessité et vont rechercher le réconfort d’un bon café dans une boulangerie. Le temps maussade et pluvieux ne les engagent guère à visiter Saint Jovite. Les patrons du commerce sont français et ont quitté leur Bourgogne natale pour s’installer dans cette ville touristique depuis deux ans. Une classe de jeunes enfants apprend à faire le pain dans l’arrière boutique, les habitués passent derrière le comptoir pour saluer le boulanger. L’ambiance chaleureuse incite à la discussion, le café coule à flots et les croissants sont délicieux… Retour vers le chalet, il faut environ quarante minutes de route dans la brume humide. La météo n’est pas de la partie. Un repas vite bâclé, et chacun s’active de son côté. Nous sommes tous désolés de voir Véro toujours sur le flan, en espérant que les médicaments feront effet rapidement. Olivier va faire des repérages vers les cascades du Diable et les chutes Croche. Le débit sauvage et débridé de la rivière augmente l’impression de relief. Les embruns mouillent les vêtements. Il faut mieux faire demi tour avant de se refroidir. Une longue sortie sportive est au programme. En alternance, les athlètes effectuent des sessions en vélo ou en courant, cela permet de changer d’effort et aussi d’aller explorer des zones plus lointaines. Dans la forêt, vers le nord, la route s’élève dans la montagne et met les organismes dans le rouge. Une longue montée d’environ un kilomètres permet de basculer vers un autre versant de la montagne, un plateau marécageux donne l’occasion de retrouver son souffle. A cet endroit, Marc se change et adapte son habillement au type d’effort. C’est à son tour de courir. Il effectue le retour à un rythme soutenu qui en dit long sur sa forme, la chance nous sourit : deux cerfs de Virginie musardent au bord de la route. Au pied du chalet, au bord du lac, Véro en embuscade nous fait signe de la rejoindre : deux castors effectuent des allers-retours dans les eaux sombres.

Etirements et douche chaude sont les éléments à ne pas négliger, Olivier propose des toasts tartinés de fromage à la crème et couverts d’huîtres fumées. Un régal québécois en fin de journée bien remplie.

 

Olivier FOUCAUT

 
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